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Premier jet pour le "prologue" du tome 2.

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Prologue du Tome 2. La Confrérie des prodiges :

 

   Cléondre avait toujours scrupuleusement respecté les règles, par obligation comme par conviction. Après tout, pourquoi les remettre en question ?

   Depuis trente-neuf ans maintenant qu’il exerçait son métier, il observait le même rituel. Chaque jour de la semaine, il se levait à sept heures, se préparait en dix minutes sans faire de bruit pour ne pas réveiller son conjoint. Vêtu de son uniforme d’enseignant noir aux liserés argenté, il quittait son appartement du cent-soixantième étage, empruntait l’ascenseur pour le deux-centième où se trouvait un palier et l’accès à une station de carnavette. Il n’avait qu’à appuyer sur un bouton pour qu’un véhicule s’arrête à ses pieds. Cléondre s’asseyait confortablement en posant sa sacoche sur ses genoux, puis il regardait sans la voir la City s’éveiller à tambour battant. Il faisait ensuite classe de huit heures à midi et de treize heures à dix-sept heures à des élèves de CM1 attentifs et disciplinés. Pourtant, ce matin-là il dérogea drastiquement à son devoir. Ce matin-là, Cléondre avait embrassé son conjoint avant de partir, ce qu’il ne faisait jamais.

   Il leva les yeux vers les hauts gratte-ciel au-dessus desquels le gris du dôme était annonciateur de fortes averses. Au lieu de prendre la direction de l’école élémentaire de Winsletow, Cléondre traversa plusieurs zones avant d’atteindre l’Histomuséum. Durant le trajet, son Processor n’avait cessé de lui notifier qu’il se trompait de destination. On était mardi, huit heures moins cinq. Il devrait déjà se trouver devant sa salle de classe, ses vingt élèves se tenant en rang, deux par deux, en attendant l’autorisation d’entrer. Il avait prévu un devoir-surprise portant sur l’unité et la diversité du vivant qui n’aurait visiblement pas lieu.

   Cléondre n’eut pas une once d’hésitation lorsqu’il acheta son ticket pour le musée. Peu de visiteurs étaient présents ce qui n’était guère surprenant. Il savait précisément où il voulait se rendre et emprunta la ligne quatre du métro souterrain. Il descendit à l’arrêt Paris du département réservé à la France terrienne. Après avoir une énième fois ignoré son Processor et les appels incessants du recteur de l’école, Cléondre chemina entre l’Arc de triomphe, le Louvres et le Sacré Cœur. Il croisa des étudiants, un couple et des Scentis.

   Au pied de la tour Eiffel, il marqua une pause, une minute symbolique pour réunir son courage. Puis, il entama l’ascension de la Dame de fer. Il fut le seul à en gravir les mille six cent soixante-cinq marches. Au fur et à mesure de sa progression, il eut le sentiment d’un énorme gâchis. Pourquoi avait-il fallu qu’il accepte l’offre des Insoumis ? Entrevoir la vérité cachée derrière l’illusion d’une société parfaite ne l’avait pas seulement transcendé, mais brisé.

    Arrivé au sommet, Cléondre ne put s’empêcher d’admirer la vue de ce si singulier paysage sorti tout droit d’une Civilisation lointaine et déchue. Ce monde-ci n’avait pas été meilleur que le sien, mais au moins les individus avaient-ils eu l’entière possession de leurs émotions. La City vivait en paix, mais à quel prix ? Si seulement, il avait supprimé ce message au lieu de le lire. Après que son humanité lui soit revenue, il en avait parlé autour de lui. L’extase de la découverte avait successivement laissé place à la souffrance de se sentir incompris. Finalement, son conjoint l’avait convaincu de se faire soigner, ce qu’il avait fait. La situation n’était pas pour autant rentrée dans l’ordre puisqu’il savait dans quel mensonge il évoluait lui et tous les autres.

   Plutôt que de retourner docilement dans l’indifférence, il avait par tous les moyens cherché à retrouver les Insoumis. Après des mois d’enquête sans succès, il mettait son plan B à exécution. Muni d’une tenaille, Cléondre se hâta de découper une section du grillage de protection empêchant les accidents. Il ne bénéficiait que de très peu de temps. Déjà, une alarme résonnait pour prévenir d’une anomalie. Il glissa une jambe à travers l’entrée qu’il avait créée, se courba pour faire passer ses bras, sa tête puis son autre jambe. En équilibre le long du parapet, il évita de regarder en bas. Au contraire, il contempla la pluie balayant la coupole au-dessus de lui et ses derniers doutes s’évaporèrent.

   Après une ultime pensée pour ses proches et ses élèves, il se laissa tomber dans le vide.                                                      

 

 

 

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